[ATELIER]
Editions de l'absurde
Sybellius Camomille - "Si la puce pouvait parler" -
A l'entrée du premier client, mon chien Tartuffe qui somnolait sous le bureau se dresse d'un bond et se met à grogner. Puis, avec un gémissement, il décampe dans l'arrière-salle, la queue entre les pattes.
Surpris, je regarde le tout petit bonhomme en face de moi... et je comprends mon chien. Le gnome en redingote usagée, couleur puce, qui se trémousse dans tous les sens inspire un sentiment de crainte et de dégoût. Il me tend de la main droite une sorte de parchemin de la même couleur que son vêtement, en même temps que sa main gauche gratte énergiquement son dos, puis le reste de son corps.
Ces effort donnent à son visage ridé une expression simiesque, pendant que s'agitent au-dessus de son crâne, trois poils grisâtres, souvenirs d'une chevelure.
Inquiet, je saisis le document dont le titre m'étonne : "Si la puce pouvait parler", mon étonnement grandit lorsque je m'aperçois que l'écriture se compose de petits points noirs. Ma perplexité n'échappe pas à l'autre qui me dit :
- Original, n'est-ce pas ? Et pourtant, j'ignore à quoi cela tient mais, aucun éditeur à ce jour n'a accepté mon oeuvre ! Je tente ma chance auprès de vous !
- Ah bon ! Et vous l'avez présenté combien de fois ?
- Oh, une bonne vingtaine ! Pourtant le sujet me semble intéressant... je me suis mis dans la peau d'une puce, pour comprendre ses critères de choix parmi les différentes sortes d'animaux ! Je ne sais pas si vous l'avez observé, mais certains animaux sont un véritable festin pour les puces, alors que d'autres les rebutent !
- Oui... oui... ce n'est pas une question métaphysique mais presque... et comment avez-vous réalisé la composition des textes ?
- Vous avez remarqué ? C'est là qu'est la plus grande originalité... j'ai écrit ce livre en récupérant les cadavres de puces que j'ai collé les unes aux autres pour former des lettres...
Un haut-le coeur me soulève pendant que je gratte mon cou qui me pique... et je réponds sans réfléchir :
- Bien... on vous écrira !
Après le départ du bonhomme, j'asperge le bouquin, le comptoir et moi-même de la bombe insecticide qui me sert pour Tartuffe !
Sigisbon de la Bétonnière - "L'art du pince-nez" -
Ah celui-là, je connais, de son vrai nom : Barnabé Lacuite. Ancien entrepreneur de maçonnerie venu sur le tard à l'écriture. Beaucoup de talent je dois dire ! Spécialisé dans la remise en état des châteaux du pays, il a attrappé le virus de la noblesse, jusqu'à acheter un tîre. Cette passion fait de lui un spécialiste en la matière, mondialement reconnu après son premier livre "Quand j'effeuillais la Pompadour", tiré à plus de 10 millions d'exemplaires. Alors, maintenant, je l'effeuille... je l'effeuille...
Pétronille Jupon - "Le caleçon sous Jules César"
Mignone à croquer la "juponnette" ! Un vrai bonbon acidulé !
Quand elle entre, son parfum de citron-menthe anihile totalement l'odeur de l'insecticide, ce qui fait revenir Tartuffe à qui elle ne refuse jamais une caresse. Elle, ce qu'elle aime c'est parler chiffon et comme elle s'y connaît, elle s'est mise à écrire dessus.
- Alors, on fait dans l'historique ? dis-je, en saisissant tendrement la jolie reliure en cretonne fleurie.
- Oui, c'est Gaston qui m'en a donné l'idée, après avoir lu Astérix ! Je me suis dit : pourquoi les Romains n'auraient-ils pas porté de caleçons, puisque les Gaulois portaient des brayes ?"
- Oui... on se le demande ? Et vous avez répondu à la question ?
- Je crois, après moultes recherches ! Maintenant on peut dire que les culottes, ça me connaît !
C'est parfait, moi aussi !
Bébert Zigouille - "Le planton se planta"
Maintenant, j'ai droit à l'inspecteur Gadget. Cet ancien flic des RG, a toujours regretté de ne pas faire carrière à la PJ. Pour se défouler, il écrit des polars invendables. C'est le troisième bouquin que j'accepte, après : "La concierge avait filé son bas" et "Le bas du haut de l'escalier". Encore qui va sûrement me rester sur les bras.
Il me fait pitié avec son look de détective à la manque : lunettes noires, clope au bec, tout maigre dans son imperméable à col relevé et feutre sur le côté, celui où il a perdu ses cheveux.
- Ce coup-ci, c'est le bon ! me dit-il en me tendant une reliure rouge sang, décorée d'un képi de gendarme traversé par un couteau à pain.
- Vous avez raison ! L'espoir fait vivre !
Malheureusement pour lui, pas ses bouquins !
Ephémère Artillon - "Le point noir de l'ombre"
Tître ô combien alléchant que me propose la médium du quartier. Feu le charcutier du coin l'aurait mise en demeure de raconter son histoire.
Il paraîtrait que le secret qui faisait la notoriété de son petit-salé, lui aurait été dicté une nuit où, après une une soirée bien arrosée, un besoin pressant l'ayant attiré dans un coin sombre de la rue, entre le deuxième lampadaire et l'abribus. En plein action, un point noir de l'ombre ce serait matérialisé devant lui et lui aurait transmis le secret.
A une condition cependant : ne jamais le révéler à quiconque de son vivant, seulement après sa mort et par médium interposé.
Le sort tomba sur cette grande sauterelle, persuadée d'être, par la voix de l'au-delà, celle qui redonnerait toute sa noblesse au petit-salé.
Peu convaincu, je place sa charcuterie sur le rayon "spécialités régionales" !
Zigomar Pacicaund - "Manuel de bidouillage en 61 leçons" - Tome 1
Celui-là, je devrais peut-être le feuilleter pour mon instruction personnelle.
Son auteur, la cinquantaine bedonnante, se présente en bleu de travail, béret vissé sur la tête... qui me revient soit dit en passant.
- Passionnant pour les novices en bricolage, votre bouquin ! Bien trouvé l'idée de le présenter sous forme de grille-pain ! Mais,... le dernier chapître porte le n° 61 ! Alors, pourquoi tome 1 ? Qu'allez-vous mettre sur le tome 2 ?
- Ben le tome 2, je vais l'intituler "S.O.S.", parce que je suis quelqu'un de prudent ! Le bidouillage, c'est comme le ski, faut le pratiquer souvent, sinon... vaut mieux faire appel aux pros dont les noms, adresses et n° de portables figureront dans le tome 2 !
En effet, bien "pansé" son bouquin ! Je vais le ranger à côté des pages jaunes de l'annuaire, en attendant le tome 2 !
Cochenille Rampare - "La vie sexuelle du ver de terre"
Sur la page de garde celui-ci, je lis : "A l'intention des lecteurs pêcheurs à la ligne", suivi d'un paragraphe : "Grâce à vous, l'asticot vit le dernier et le plus grand moment de sa vie. En effet, l'excitation que le poisson met à le saisir, déclenche chez le ver, ce que nous humain appelons le "septième ciel". Je vous propose donc de lire attentivement le présent ouvrage, j'y développe le plus clairement possible, le processus de sa sexualité"
C'est fou ce que ça va passionner les foules, mais il en faut pour tous les goûts ! Je le range où, celui-là, Sciences ou Loisirs ?
Harold Dechèze - "Fantasme érotique de l'escargot"
C'est le jour ! Ils se suivent et se ressemblent ! Là, son auteur me le présente lui-même.
Mi-belette, par le haut du visage jusqu'au nez, mi-lapin par le bas, surtout les dents, vétu d'un pantalon de golfe jaune citron et d'une veste de chasse vert amande, l'individu qui se tient devant moi me tend une laitue. C'est ce que je crois sur le moment, en fait c'est l'oeuvre de sa vie paraît-il ! Je prends la reliure, elle a la consitance de la salade sur laquelle se détâchent des traînées brillantes.
- Voyez-vous cher Monsieur, je suis un grand ramassur d'escargots devant l'Eternel ! Mes longues observations de ce gastéropode m'ont permis de conclure qu'étant donné le plaisir qu'il éprouvait à saliver sur les salades, il devait y avoir une cause "fantasmatique" ! J'ai trouvé, figurez-vous ! L'escargot se reproduit par la laitue, c'est ce que j'explique dans mon livre
- Je veux bien vous croire, mais vous me posez un problème, dois-je vous classer dans la série scientifique ou dans celle de l'érotisme ?
Je crois que je vais m'arrêter là. Pour Pricscilla Dubedon, avec "Comment réussir son veuvage en 10 leçons", et Pipelette Rifflard avec "Je hais la moutarde", je continuerai demain !
A l'entrée du premier client, mon chien Tartuffe qui somnolait sous le bureau se dresse d'un bond et se met à grogner. Puis, avec un gémissement, il décampe dans l'arrière-salle, la queue entre les pattes.
Surpris, je regarde le tout petit bonhomme en face de moi... et je comprends mon chien. Le gnome en redingote usagée, couleur puce, qui se trémousse dans tous les sens inspire un sentiment de crainte et de dégoût. Il me tend de la main droite une sorte de parchemin de la même couleur que son vêtement, en même temps que sa main gauche gratte énergiquement son dos, puis le reste de son corps.
Ces effort donnent à son visage ridé une expression simiesque, pendant que s'agitent au-dessus de son crâne, trois poils grisâtres, souvenirs d'une chevelure.
Inquiet, je saisis le document dont le titre m'étonne : "Si la puce pouvait parler", mon étonnement grandit lorsque je m'aperçois que l'écriture se compose de petits points noirs. Ma perplexité n'échappe pas à l'autre qui me dit :
- Original, n'est-ce pas ? Et pourtant, j'ignore à quoi cela tient mais, aucun éditeur à ce jour n'a accepté mon oeuvre ! Je tente ma chance auprès de vous !
- Ah bon ! Et vous l'avez présenté combien de fois ?
- Oh, une bonne vingtaine ! Pourtant le sujet me semble intéressant... je me suis mis dans la peau d'une puce, pour comprendre ses critères de choix parmi les différentes sortes d'animaux ! Je ne sais pas si vous l'avez observé, mais certains animaux sont un véritable festin pour les puces, alors que d'autres les rebutent !
- Oui... oui... ce n'est pas une question métaphysique mais presque... et comment avez-vous réalisé la composition des textes ?
- Vous avez remarqué ? C'est là qu'est la plus grande originalité... j'ai écrit ce livre en récupérant les cadavres de puces que j'ai collé les unes aux autres pour former des lettres...
Un haut-le coeur me soulève pendant que je gratte mon cou qui me pique... et je réponds sans réfléchir :
- Bien... on vous écrira !
Après le départ du bonhomme, j'asperge le bouquin, le comptoir et moi-même de la bombe insecticide qui me sert pour Tartuffe !
Sigisbon de la Bétonnière - "L'art du pince-nez" -
Ah celui-là, je connais, de son vrai nom : Barnabé Lacuite. Ancien entrepreneur de maçonnerie venu sur le tard à l'écriture. Beaucoup de talent je dois dire ! Spécialisé dans la remise en état des châteaux du pays, il a attrappé le virus de la noblesse, jusqu'à acheter un tîre. Cette passion fait de lui un spécialiste en la matière, mondialement reconnu après son premier livre "Quand j'effeuillais la Pompadour", tiré à plus de 10 millions d'exemplaires. Alors, maintenant, je l'effeuille... je l'effeuille...
Pétronille Jupon - "Le caleçon sous Jules César"
Mignone à croquer la "juponnette" ! Un vrai bonbon acidulé !
Quand elle entre, son parfum de citron-menthe anihile totalement l'odeur de l'insecticide, ce qui fait revenir Tartuffe à qui elle ne refuse jamais une caresse. Elle, ce qu'elle aime c'est parler chiffon et comme elle s'y connaît, elle s'est mise à écrire dessus.
- Alors, on fait dans l'historique ? dis-je, en saisissant tendrement la jolie reliure en cretonne fleurie.
- Oui, c'est Gaston qui m'en a donné l'idée, après avoir lu Astérix ! Je me suis dit : pourquoi les Romains n'auraient-ils pas porté de caleçons, puisque les Gaulois portaient des brayes ?"
- Oui... on se le demande ? Et vous avez répondu à la question ?
- Je crois, après moultes recherches ! Maintenant on peut dire que les culottes, ça me connaît !
C'est parfait, moi aussi !
Bébert Zigouille - "Le planton se planta"
Maintenant, j'ai droit à l'inspecteur Gadget. Cet ancien flic des RG, a toujours regretté de ne pas faire carrière à la PJ. Pour se défouler, il écrit des polars invendables. C'est le troisième bouquin que j'accepte, après : "La concierge avait filé son bas" et "Le bas du haut de l'escalier". Encore qui va sûrement me rester sur les bras.
Il me fait pitié avec son look de détective à la manque : lunettes noires, clope au bec, tout maigre dans son imperméable à col relevé et feutre sur le côté, celui où il a perdu ses cheveux.
- Ce coup-ci, c'est le bon ! me dit-il en me tendant une reliure rouge sang, décorée d'un képi de gendarme traversé par un couteau à pain.
- Vous avez raison ! L'espoir fait vivre !
Malheureusement pour lui, pas ses bouquins !
Ephémère Artillon - "Le point noir de l'ombre"
Tître ô combien alléchant que me propose la médium du quartier. Feu le charcutier du coin l'aurait mise en demeure de raconter son histoire.
Il paraîtrait que le secret qui faisait la notoriété de son petit-salé, lui aurait été dicté une nuit où, après une une soirée bien arrosée, un besoin pressant l'ayant attiré dans un coin sombre de la rue, entre le deuxième lampadaire et l'abribus. En plein action, un point noir de l'ombre ce serait matérialisé devant lui et lui aurait transmis le secret.
A une condition cependant : ne jamais le révéler à quiconque de son vivant, seulement après sa mort et par médium interposé.
Le sort tomba sur cette grande sauterelle, persuadée d'être, par la voix de l'au-delà, celle qui redonnerait toute sa noblesse au petit-salé.
Peu convaincu, je place sa charcuterie sur le rayon "spécialités régionales" !
Zigomar Pacicaund - "Manuel de bidouillage en 61 leçons" - Tome 1
Celui-là, je devrais peut-être le feuilleter pour mon instruction personnelle.
Son auteur, la cinquantaine bedonnante, se présente en bleu de travail, béret vissé sur la tête... qui me revient soit dit en passant.
- Passionnant pour les novices en bricolage, votre bouquin ! Bien trouvé l'idée de le présenter sous forme de grille-pain ! Mais,... le dernier chapître porte le n° 61 ! Alors, pourquoi tome 1 ? Qu'allez-vous mettre sur le tome 2 ?
- Ben le tome 2, je vais l'intituler "S.O.S.", parce que je suis quelqu'un de prudent ! Le bidouillage, c'est comme le ski, faut le pratiquer souvent, sinon... vaut mieux faire appel aux pros dont les noms, adresses et n° de portables figureront dans le tome 2 !
En effet, bien "pansé" son bouquin ! Je vais le ranger à côté des pages jaunes de l'annuaire, en attendant le tome 2 !
Cochenille Rampare - "La vie sexuelle du ver de terre"
Sur la page de garde celui-ci, je lis : "A l'intention des lecteurs pêcheurs à la ligne", suivi d'un paragraphe : "Grâce à vous, l'asticot vit le dernier et le plus grand moment de sa vie. En effet, l'excitation que le poisson met à le saisir, déclenche chez le ver, ce que nous humain appelons le "septième ciel". Je vous propose donc de lire attentivement le présent ouvrage, j'y développe le plus clairement possible, le processus de sa sexualité"
C'est fou ce que ça va passionner les foules, mais il en faut pour tous les goûts ! Je le range où, celui-là, Sciences ou Loisirs ?
Harold Dechèze - "Fantasme érotique de l'escargot"
C'est le jour ! Ils se suivent et se ressemblent ! Là, son auteur me le présente lui-même.
Mi-belette, par le haut du visage jusqu'au nez, mi-lapin par le bas, surtout les dents, vétu d'un pantalon de golfe jaune citron et d'une veste de chasse vert amande, l'individu qui se tient devant moi me tend une laitue. C'est ce que je crois sur le moment, en fait c'est l'oeuvre de sa vie paraît-il ! Je prends la reliure, elle a la consitance de la salade sur laquelle se détâchent des traînées brillantes.
- Voyez-vous cher Monsieur,
- Je veux bien vous croire, mais vous me posez un problème, dois-je vous classer dans la série scientifique ou dans celle de l'érotisme ?
Je crois que je vais m'arrêter là. Pour Pricscilla Dubedon, avec "Comment réussir son veuvage en 10 leçons", et Pipelette Rifflard avec "Je hais la moutarde", je continuerai demain !
(c) Mady
