[ATELIER]

Réponse de Nounours

Mon cher Jean-Jean,

Comme c'est gentil de ta part de te souvenir de moi ! Je craignais tant que notre vieille amitié n'ait plus d'importance pour toi ! Tu me dis vous à présent ? Voyons, voyons... Bien sûr que je ne t'ai pas oublié ! J'aurais bien voulu t'écrire d'aussi beaux poèmes, mais tu sais, ce n'est pas facile parce qu'on m'a relégué au fond d'une malle, dans le grenier.

Je me sens bien seul tu sais ? Tes vieux jouets sont jaloux de moi, ils ne me croient pas quand je leur dis que j'étais ton préféré ! Surtout le gros camion de pompiers, il fait toujours le fanfaron celui-là, avec sa sirène et sa lumière tournante ! Qu'est-ce qu'il est bête ! Si tu l'entendais sa sirène maintenant, on dirait une roue qui grince...

Ta lettre m'a fait un bien fou ! Je suis vieux maintenant, ma fourure est devenue grise, sans doute parce que tu ne la serre plus contre toi ! Mais il me reste les souvenirs, tes premières confidences, tes premiers chagrins et tes premières bêtises ! Tu parlais, j'écoutais et tu me serrais plus fort ! J'étais heureux si tu savais ! J'attendais impatiemment que tu rentres de l'école, je savais qu'à chaque fois tu aurais quelque chose à me raconter qu'il ne fallait surtout pas que ta maman entende !

Par exemple : la petite blondinette qui te faisait les yeux doux, hein ? Tes yeux à toi ressemblaient à des étoiles quand tu me parlais d'elle ! Et ce petit voyou qui voulait te chiper tes billes... holala... ce jour-là, ta maman s'est vraiment fâchée ! Il faut dire que lorsque tu es rentré, le pantalon déchiré, les cheveux en bataille et le genou en sang, tu n'étais pas beau à voir ! Tu m'as tellement fait peur ce jour-là, quand tu es venu vers moi en larmes ! Il n'y a pas que ton index que j'ai pansé, j'ai pansé aussi bien souvent ton coeur !

Après, les yeux encore mouillés, tu t'endormais sur moi et je n'osais plus bouger, de crainte de troubler la fraîcheur de tes rêves ! Et le temps a passé, tu as grandi trop vite, tu revenais de temps en temps me dire un petit bonjour, puis tu es revenu de moins en moins souvent, ta chambre n'était plus celle d'un enfant ! Tu avais trouvé d'autres confidents, moi, tu ne me voyais même plus ! Alors un jour, on m'a enlevé pour me ranger dans le coffre aux souvenirs et depuis, j'attendais un petit signe ! J'avais de la peine, mais je savais qu'au fond, tu m'aimais toujours et que tu ne m'avais pas oublié.

Et voilà que tu m'écris... c'est magnifique ! Chacun de tes mots est une caresse ! Alors je sais que tu reviendras cette fois, tu me sortiras de la malle et tu me garderas avec toi ! Qui sait ? Je pourrai peut-être consoler un nouveau petit-enfant que j'aimerai très très fort, puisqu'il sera de toi !

Je t'attends, reviens vite !

Ton fidèle ami Nounours

(c) Mady
 

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