[ATELIER]
Mnémotechnie
Je me souviens, que dans ma vie je n'ai jamais aimé que Blanche. Et même si
dans mon coeur, sur mon corps parfois, elle a pu donner l'illusion d'une
pluralité divine ou démoniaque, le premier nombre que je dois noter est bien
le 1.
Je me souviens : deux enfants.
Un garçon, grand comme un rêve de père, les cheveux aussi indisciplinés que
son imagination est féconde et sa pensée souterraine. Celui qui m'enrichit de
ses secrets.
Une fille, belle comme un rêve de père, comme un cauchemar de père, lorsqu'il
arrive à celui-ci de penser ce que la beauté comporte de danger, autant pour
l'âme de celle qui la porte, que pour son corps et les désirs qu'il ne manque
pas de susciter.
Le second nombre est donc un 2.
Je me souviens : Trois animaux de compagnie à la maison.
Une chatte siamoise au crépuscule de sa vie, mais qui comme certains
orientaux ne laisse rien paraître, hors mis la cécité qui lui donne cette
démarche si particulière. Depuis quelques années d'ailleurs, ses hurlements,
comparables à ceux d'un nourrisson en manque de lait, sont presque moins
insupportables.
Une chienne braque, dont un sevrage précoce a quelque peu perturbé la
constitution nerveuse, mais qui, passé les cinq premières minutes d'un
accueil teinté d'une franche hostilité, vous donnera ensuite sa balle en
caoutchouc pour que vous la lui lanciez. Créature qui est de plus source,
d'une économie, modeste mais réelle, puisqu'elle assure du fait d'aboiements
sonores et émouvants, la double fonction de sonnette et d'alarme.
Une mouche nommée Zinath qui, d'après ma fille est apprivoisée depuis sa plus
tendre enfance. Pour des raisons de paix familiale, nous nous sommes toujours
efforcé de ne pas contester cette version des faits, et périodiquement, nous
acceptons de reconnaître dans tel ou tel petit monstre ailé et velu l'animal
de compagnie de celle qui est depuis peu une adolescente dans la force de la
rage.
Le troisième nombre est donc un 3.
Je me souviens de quatre vélocipèdes dans le garage. Celui de mon fils,
auquel il est prévu de changer la roue arrière, voilée, dégonflée, voire
crevée, depuis bientôt trois ans. Le mien qui nous sert donc à tous les deux.
Celui de Blanche, qui se trouve à sa place lorsque ma fille ne l'a pas
abandonné à l'un des multiples endroits du village où elle l'oublie
périodiquement, puisque le sien est inaccessible, masqué par des objets aussi
variés que des bidons d'huile d'olive calabraise, des tréteaux, des batteries
usagées, une échelle ou encore, divers outils de jardin.
Le quatrième nombre est donc un 4.
Ça y est, je me souviens donc du moyen mnémotechnique me permettant de
retrouver ces quatre nombres essentiels à mon existence, moyen sans lequel je
serais impuissant à retenir cette fichue combinaison du coffre où j'enferme
depuis 20 ans, tous mes poèmes d'amour.
dans mon coeur, sur mon corps parfois, elle a pu donner l'illusion d'une
pluralité divine ou démoniaque, le premier nombre que je dois noter est bien
le 1.
Je me souviens : deux enfants.
Un garçon, grand comme un rêve de père, les cheveux aussi indisciplinés que
son imagination est féconde et sa pensée souterraine. Celui qui m'enrichit de
ses secrets.
Une fille, belle comme un rêve de père, comme un cauchemar de père, lorsqu'il
arrive à celui-ci de penser ce que la beauté comporte de danger, autant pour
l'âme de celle qui la porte, que pour son corps et les désirs qu'il ne manque
pas de susciter.
Le second nombre est donc un 2.
Je me souviens : Trois animaux de compagnie à la maison.
Une chatte siamoise au crépuscule de sa vie, mais qui comme certains
orientaux ne laisse rien paraître, hors mis la cécité qui lui donne cette
démarche si particulière. Depuis quelques années d'ailleurs, ses hurlements,
comparables à ceux d'un nourrisson en manque de lait, sont presque moins
insupportables.
Une chienne braque, dont un sevrage précoce a quelque peu perturbé la
constitution nerveuse, mais qui, passé les cinq premières minutes d'un
accueil teinté d'une franche hostilité, vous donnera ensuite sa balle en
caoutchouc pour que vous la lui lanciez. Créature qui est de plus source,
d'une économie, modeste mais réelle, puisqu'elle assure du fait d'aboiements
sonores et émouvants, la double fonction de sonnette et d'alarme.
Une mouche nommée Zinath qui, d'après ma fille est apprivoisée depuis sa plus
tendre enfance. Pour des raisons de paix familiale, nous nous sommes toujours
efforcé de ne pas contester cette version des faits, et périodiquement, nous
acceptons de reconnaître dans tel ou tel petit monstre ailé et velu l'animal
de compagnie de celle qui est depuis peu une adolescente dans la force de la
rage.
Le troisième nombre est donc un 3.
Je me souviens de quatre vélocipèdes dans le garage. Celui de mon fils,
auquel il est prévu de changer la roue arrière, voilée, dégonflée, voire
crevée, depuis bientôt trois ans. Le mien qui nous sert donc à tous les deux.
Celui de Blanche, qui se trouve à sa place lorsque ma fille ne l'a pas
abandonné à l'un des multiples endroits du village où elle l'oublie
périodiquement, puisque le sien est inaccessible, masqué par des objets aussi
variés que des bidons d'huile d'olive calabraise, des tréteaux, des batteries
usagées, une échelle ou encore, divers outils de jardin.
Le quatrième nombre est donc un 4.
Ça y est, je me souviens donc du moyen mnémotechnique me permettant de
retrouver ces quatre nombres essentiels à mon existence, moyen sans lequel je
serais impuissant à retenir cette fichue combinaison du coffre où j'enferme
depuis 20 ans, tous mes poèmes d'amour.
(c) Le bateleur
