[ATELIER]

Souvenir; miroir… des formes

Je me souviens que papa était grand et fort, beau et jeune, toujours le
sourire aux lèvres.

Sur la photographie que maman m'a donnée,
je ne l'ai pas reconnu.

Je me souviens,
devant la maison il y avait un chêne immense.
Avec tous les copains de la rue, nous y avions construits de magnifiques
cabanes,
presque des châteaux.

Je me souviens,
comme ma chambre était grande,
si grande que j'y perdais mes jouets dans tous les recoins qu'elle offrait à
nos jeux.

Quand j'ai vu l'annonce, la maison, dans le journal, je n'ai pu m'empêcher de
me présenter comme si j'avais l'intention de l'acheter.
Devant, le chêne atteignait péniblement ma taille.
Lorsque je me suis retrouvé dans la pièce où j'ai passé ma toute petite
enfance, j'ai eu le sentiment d'une boite triste et nue, comme si les murs,
parce qu'ils m'en voulaient d'avoir grandi, avaient décidé dans le même temps
de rétrécir.

Je me souviens,
tous les jeudis, papa venait nous chercher à la sortie de l'école, il nous
achetait une glace chez le pâtissier, et nous emmenait voir les singes,
celui, énorme et dangereux, avec le pouce d'enfant devant la cage qui
baignait dans du formol à l'intérieur d'une bouteille, et les petits auxquels
on jetait des cacahouètes et qui nous renvoyaient des hurlements pointus.

Maman me dit que papa n'est venu qu'une seule fois, nous voir à la maison, et
qu'en ce temps-là, le zoo était déjà fermé.

Elle me dit aussi, mais je ne m'en souviens pas
que chaque soir dans mon lit, je pleurais.
 

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