[ATELIER]
Regard
Nathan ouvrit le petit carnet en cuir qu'il portait dans une de ses poches
depuis bientôt un an.
Il y nota
" J'ai vu Blanche au marché aux fruits. Elle y a acheté trois kakis qu'elle
devra certainement faire mûrir au moins deux semaines sur sa fenêtre avant de
pouvoir les manger "
Sur le point de refermer le précieux objet, il se ravisa.
Une ligne plus haut que ce qu'il venait d'écrire, il lu pour lui-même, mais à
haute voix.
" Aujourd'hui (encore), je n'ai pas pu apercevoir Blanche. (Il semble qu'elle
soit malade) Ce sera la troisième fois depuis que j'ai décidé de coucher par
écrit dans ces pages, tout ce que je recevrais d'elle à son insu ."
Un centimètre à peine séparait les deux phrases, celle d'hier et celle
d'aujourd'hui.
De l'une à l'autre il y avait pourtant l'infinie distance qu'il y a entre
l'extrême tristesse et le bonheur.
Revenant aux traces de ce jour, Nathan mâcha en silence ce qu'il venait
d'écrire, ce souvenir nourriture douce et tiède à destination de son coeur.
Il referma le petit carnet puis le remit dans la poche intérieure de sa
veste, juste au dessus de ce point de sa poitrine qui commandait le rythme de
son corps.
Il pouvait repartir chez lui. Cette journée, malgré la pluie qui n'avait pas
cessé de tomber depuis l'aube, était une journée radieuse, pleine de lumière
et de parfum.
Nathan avait vu Blanche et un nouveau souvenir, une nouvelle perle, venait de
compléter ce collier virtuel où il glissait jour après jour tout ce qu'il
avait pu dérober à la vie de Blanche.
...
Le lendemain, à 7h30, Nathan sortait comme chaque matin de l'hôtel
Continental. Ce lieu où il avait élu domicile le jour même de l'achat de son
petit carnet, dans un bâtiment qui se trouvait à quelques dizaines de mètres
à peine du petit appartement où Blanche demeurait.
A cette heure, Nathan avait déjà décidé que ce jour là, il verrait la jeune
femme dans le petit restaurant Thaïlandais où elle déjeunait chaque vendredi.
Plus que quelques heures à attendre.
Un temps qui passerait assez vite, Nathan le savait, puisqu'au centre de tri
postal, il n'aurait guère l'occasion de rêvasser. Le travail se chargerait de
lui faire perdre tout ancrage avec la réalité ... et se repères temporels.
Elle était là, assise à une table de lui - il la voyait de trois-quart -
avalant de minuscules bouchées d'une purée de courges et de salsifis relevée
de quelques ceps particulièrement odorants puisque de sa place, Nathan en
percevait les effluves.
Il est vrai que son sens olfactif aiguillonné par la faim n'étaient en rien
perturbé, puisque depuis son arrivée à table, Nathan n'avait bu qu'un verre
d'eau plate.
Il souhaitait en effet que rien ne perturbe ces instants, entièrement dédiés
à la jeune femme.
Fixé sur le ballet régulier de la main menue qui allait et venait des lèvres
à l'assiette, Nathan s'étonnait encore, bien qu'il ait assisté à la scène de
nombreuses fois, de cette lenteur mesurée avec laquelle Blanche mangeait, de
cette manière toute particulière de racler l'assiette, comme si la cuillère
recherchait la purée. Même s'il en connaissait la cause, ce geste tout en
rondeur, à la fois ferme et hésitant, n'en finissait pas de l'envouter.
Après avoir terminé son repas par une coup de fruits cueillis sous d'autres
latitudes et qui comportait une grande variété de parfums exotiques, la jeune
femme paya l'addition.
Nathan aimait aussi cette façon singulière qu'avait Blanche de lisser les
billets dans un contact quasi charnel.
On aurait pu croire à une avarice extrême, à une grande difficulté de sa part
pour se dessaisir de ces coupures, toujours étonnement neuves.
Lui, savait bien qu'il n'en était rien. A de nombreuses reprises, il avait pu
voir comme l'argent était de peu d'importance pour la jeune femme.
Blanche sortit du demi-rêve de Nathan par la porte du restaurant, tandis que
celui-ci portait déjà la main à son carnet.
Il n'avait pas touché au flan à la vanille posé devant lui sur une assiette.
Unique commande de son déjeuner.
Feuilletant les pages couvertes d'encres, Nathan se remémora pour la centième
fois, le premier instant où il était parvenu à adresser la parole à Blanche.
Aussitôt, le sang afflua à ses tempes.
Un jour, il s'était présenté à elle - via l'hygiaphone - comme s'il
effectuait un sondage pour le compte d'un grand fabriquant de lessive.
Elle l'avait laissé entrer dans l'immeuble, puis après avoir ouvert la porte
de son appartement qui se trouvait au rez-de-chaussée, elle avait accepté de
le recevoir dans une petite pièce fort peu meublée, sans bibelot ni
illustrations d'aucune sorte, qui devait lui servir de salon.
Il avait été si ému que, par la suite, bien qu'il se soit entretenu plus
d'une demie-heure avec la jeune femme, ce qui aurait du être la page la plus
remplie de son carnet ne comportait qu'un seul petit paragraphe :
" Aujourd'hui, j'ai parlé à Blanche, chez elle. Comme sa voie est douce, bien
plus harmonieuse et chaude, que dans le monde du dehors ! "
Rien qu'à l'évocation de ce tête à tête, de ces instants où il s'était trouvé
face à la jeune femme, si prêt d'elle qu'il aurait pu la toucher, il se
sentait s'effondrer en lui même à l'extrème inverse d'une crise d'apoplexie.
L'instant suivant, dans un état de grande nervosité, ayant repoussé son
assiette, il renonça à prendre un café.
...
Après sa journée de travail, Nathan regagna sa chambre d'Hôtel, faisant un
détour de quelques dizaines de mètres pour passer devant les fenêtre de
Blanche.
Sur le trottoir, de grosses flaques d'eau s'étendaient. Certaines, à la
surface irisée, renvoyaient des couleurs passant par toutes les nuances du
vert au violet. Des sensations de son enfance lui revinrent.
Comme à cette époque lointaine d'insouciance et de jeu, où l'avenir semblait
à la fois hors d'atteinte et sensible aux petits sacrifices qu'on pouvait lui
faire, Nathan décida d'engager un pari avec le destin.
S'il parvenait jusqu'à la porte de Blanche sans que l'eau ne pénètre dans une
de ses chaussures, un jour, il toucherait la main de la jeune femme.
Sur le point d'atteindre le but, les pieds jusque là parfaitement secs,
Nathan, qui avait évité avec beaucoup d'efforts et d'attention les endroits
où l'eau atteignait une trop grande profondeur, fut éclaboussé par une
voiture qui, ayant approché le trottoir de trop prêt, projeta sur lui une
énorme masse d'eau qui stagnait dans le caniveau en un endroit ou une grille
d'écoulement était obstruée.
Aussitôt après, Nathan sentit avec une grande tristesse, songeant à son pari,
dans ses deux chaussures en même temps, le contact de l'humidité.
Heureusement, son esprit était capable de surdité et, grâce à de savants
détours, sa pensée parvint à renverser le sens de l'oracle.
En effet, se rappelant les termes du pari Nathan se dit qu'il n'avait été
question que d'une chaussure.
Les deux ayant été copieusement arrosées et ses pieds à l'intérieur
pareillement trempés, de vieilles réminiscences de cours de mathématiques
vinrent à son aide fort à propos.
Si, comme il avait autre fois du l'admettre à l'instar de toute sa classe,
hors mis peut-être un ou deux élèves accessibles à ces raisonnements d'un
autre monde prodigués par leur professeur, " deux négations valent une
affirmation ", il était alors clair que le destin lui faisait signe dans ce
sens.
" Il n'allait PAS PAS toucher la main de Blanche un jour " !
Rassuré par cette acrobatie digne d'un jésuite, il repartit vers son hôtel,
non sans avoir effleuré les volets de la fenêtre de la jeune femme avec la
paume de sa main, comme pour confirmer cette décision extorquée au destin.
...
La vie de Nathan allait ainsi sans heurt ni chaos majeur, pour qui l'aurait
observé du dehors alors qu'en lui des torrents de lave, des tremblements de
l'être, des déchirures se créaient où se comblaient, qui ne dépendaient que
de ces courts instants où, une seule fois par jour, il s'efforçait de
rencontrer celle qui était l'unique motif de son réveil chaque matin.
Ces deux teintes, si tranchées en lui, la blancheur éclatante des ces
instants bénis, et le noir quasi absolu du reste de la journée, composait un
motif particulier, une grivelure bien terne, pour tout autre que Nathan.
Lui n'aurait échangé sa vie contre aucune promesse de paradis, même émise par
la bouche d'une authentique divinité.
Ce carnet, niché près de son coeur et qu'il consultait à tout moment, semblant
répondre à un appel compulsif, ces feuilles dont les trois quarts étaient
recouverte d'une écriture fine et nerveuse, élégante malgré une certaine
maladresse perceptible au premier coup d'oeil, cet objet qui ne le quittait
jamais, était son unique confident.
Lui Nathan, n'en désirait pas d'autre.
A qui aurait-il pu dire son bonheur.
Bonheur de s'approcher si prêt chaque jour de Blanche, de la regarder, de
déchiffrer le moindre détail de son visage sans que jamais elle ne prenne
garde à lui.
Car sans nul doute, si elle avait pu sentir à chaque fois qu'il la
contemplait, il buvait la lumière de son visage, elle n'aurait pu l'accepter.
Cela Nathan le savait bien, il y a des limites à l'adoration qu'une femme
peut supporter.
Et même si elle l'avait aimé, ce sentiment absolu qui dévorait Nathan, lui
serait rapidement devenu impossible à percevoir.
Depuis longtemps d'ailleurs, il en était persuadé ...
c'était un don du ciel que cette cécité.
depuis bientôt un an.
Il y nota
" J'ai vu Blanche au marché aux fruits. Elle y a acheté trois kakis qu'elle
devra certainement faire mûrir au moins deux semaines sur sa fenêtre avant de
pouvoir les manger "
Sur le point de refermer le précieux objet, il se ravisa.
Une ligne plus haut que ce qu'il venait d'écrire, il lu pour lui-même, mais à
haute voix.
" Aujourd'hui (encore), je n'ai pas pu apercevoir Blanche. (Il semble qu'elle
soit malade) Ce sera la troisième fois depuis que j'ai décidé de coucher par
écrit dans ces pages, tout ce que je recevrais d'elle à son insu ."
Un centimètre à peine séparait les deux phrases, celle d'hier et celle
d'aujourd'hui.
De l'une à l'autre il y avait pourtant l'infinie distance qu'il y a entre
l'extrême tristesse et le bonheur.
Revenant aux traces de ce jour, Nathan mâcha en silence ce qu'il venait
d'écrire, ce souvenir nourriture douce et tiède à destination de son coeur.
Il referma le petit carnet puis le remit dans la poche intérieure de sa
veste, juste au dessus de ce point de sa poitrine qui commandait le rythme de
son corps.
Il pouvait repartir chez lui. Cette journée, malgré la pluie qui n'avait pas
cessé de tomber depuis l'aube, était une journée radieuse, pleine de lumière
et de parfum.
Nathan avait vu Blanche et un nouveau souvenir, une nouvelle perle, venait de
compléter ce collier virtuel où il glissait jour après jour tout ce qu'il
avait pu dérober à la vie de Blanche.
...
Le lendemain, à 7h30, Nathan sortait comme chaque matin de l'hôtel
Continental. Ce lieu où il avait élu domicile le jour même de l'achat de son
petit carnet, dans un bâtiment qui se trouvait à quelques dizaines de mètres
à peine du petit appartement où Blanche demeurait.
A cette heure, Nathan avait déjà décidé que ce jour là, il verrait la jeune
femme dans le petit restaurant Thaïlandais où elle déjeunait chaque vendredi.
Plus que quelques heures à attendre.
Un temps qui passerait assez vite, Nathan le savait, puisqu'au centre de tri
postal, il n'aurait guère l'occasion de rêvasser. Le travail se chargerait de
lui faire perdre tout ancrage avec la réalité ... et se repères temporels.
Elle était là, assise à une table de lui - il la voyait de trois-quart -
avalant de minuscules bouchées d'une purée de courges et de salsifis relevée
de quelques ceps particulièrement odorants puisque de sa place, Nathan en
percevait les effluves.
Il est vrai que son sens olfactif aiguillonné par la faim n'étaient en rien
perturbé, puisque depuis son arrivée à table, Nathan n'avait bu qu'un verre
d'eau plate.
Il souhaitait en effet que rien ne perturbe ces instants, entièrement dédiés
à la jeune femme.
Fixé sur le ballet régulier de la main menue qui allait et venait des lèvres
à l'assiette, Nathan s'étonnait encore, bien qu'il ait assisté à la scène de
nombreuses fois, de cette lenteur mesurée avec laquelle Blanche mangeait, de
cette manière toute particulière de racler l'assiette, comme si la cuillère
recherchait la purée. Même s'il en connaissait la cause, ce geste tout en
rondeur, à la fois ferme et hésitant, n'en finissait pas de l'envouter.
Après avoir terminé son repas par une coup de fruits cueillis sous d'autres
latitudes et qui comportait une grande variété de parfums exotiques, la jeune
femme paya l'addition.
Nathan aimait aussi cette façon singulière qu'avait Blanche de lisser les
billets dans un contact quasi charnel.
On aurait pu croire à une avarice extrême, à une grande difficulté de sa part
pour se dessaisir de ces coupures, toujours étonnement neuves.
Lui, savait bien qu'il n'en était rien. A de nombreuses reprises, il avait pu
voir comme l'argent était de peu d'importance pour la jeune femme.
Blanche sortit du demi-rêve de Nathan par la porte du restaurant, tandis que
celui-ci portait déjà la main à son carnet.
Il n'avait pas touché au flan à la vanille posé devant lui sur une assiette.
Unique commande de son déjeuner.
Feuilletant les pages couvertes d'encres, Nathan se remémora pour la centième
fois, le premier instant où il était parvenu à adresser la parole à Blanche.
Aussitôt, le sang afflua à ses tempes.
Un jour, il s'était présenté à elle - via l'hygiaphone - comme s'il
effectuait un sondage pour le compte d'un grand fabriquant de lessive.
Elle l'avait laissé entrer dans l'immeuble, puis après avoir ouvert la porte
de son appartement qui se trouvait au rez-de-chaussée, elle avait accepté de
le recevoir dans une petite pièce fort peu meublée, sans bibelot ni
illustrations d'aucune sorte, qui devait lui servir de salon.
Il avait été si ému que, par la suite, bien qu'il se soit entretenu plus
d'une demie-heure avec la jeune femme, ce qui aurait du être la page la plus
remplie de son carnet ne comportait qu'un seul petit paragraphe :
" Aujourd'hui, j'ai parlé à Blanche, chez elle. Comme sa voie est douce, bien
plus harmonieuse et chaude, que dans le monde du dehors ! "
Rien qu'à l'évocation de ce tête à tête, de ces instants où il s'était trouvé
face à la jeune femme, si prêt d'elle qu'il aurait pu la toucher, il se
sentait s'effondrer en lui même à l'extrème inverse d'une crise d'apoplexie.
L'instant suivant, dans un état de grande nervosité, ayant repoussé son
assiette, il renonça à prendre un café.
...
Après sa journée de travail, Nathan regagna sa chambre d'Hôtel, faisant un
détour de quelques dizaines de mètres pour passer devant les fenêtre de
Blanche.
Sur le trottoir, de grosses flaques d'eau s'étendaient. Certaines, à la
surface irisée, renvoyaient des couleurs passant par toutes les nuances du
vert au violet. Des sensations de son enfance lui revinrent.
Comme à cette époque lointaine d'insouciance et de jeu, où l'avenir semblait
à la fois hors d'atteinte et sensible aux petits sacrifices qu'on pouvait lui
faire, Nathan décida d'engager un pari avec le destin.
S'il parvenait jusqu'à la porte de Blanche sans que l'eau ne pénètre dans une
de ses chaussures, un jour, il toucherait la main de la jeune femme.
Sur le point d'atteindre le but, les pieds jusque là parfaitement secs,
Nathan, qui avait évité avec beaucoup d'efforts et d'attention les endroits
où l'eau atteignait une trop grande profondeur, fut éclaboussé par une
voiture qui, ayant approché le trottoir de trop prêt, projeta sur lui une
énorme masse d'eau qui stagnait dans le caniveau en un endroit ou une grille
d'écoulement était obstruée.
Aussitôt après, Nathan sentit avec une grande tristesse, songeant à son pari,
dans ses deux chaussures en même temps, le contact de l'humidité.
Heureusement, son esprit était capable de surdité et, grâce à de savants
détours, sa pensée parvint à renverser le sens de l'oracle.
En effet, se rappelant les termes du pari Nathan se dit qu'il n'avait été
question que d'une chaussure.
Les deux ayant été copieusement arrosées et ses pieds à l'intérieur
pareillement trempés, de vieilles réminiscences de cours de mathématiques
vinrent à son aide fort à propos.
Si, comme il avait autre fois du l'admettre à l'instar de toute sa classe,
hors mis peut-être un ou deux élèves accessibles à ces raisonnements d'un
autre monde prodigués par leur professeur, " deux négations valent une
affirmation ", il était alors clair que le destin lui faisait signe dans ce
sens.
" Il n'allait PAS PAS toucher la main de Blanche un jour " !
Rassuré par cette acrobatie digne d'un jésuite, il repartit vers son hôtel,
non sans avoir effleuré les volets de la fenêtre de la jeune femme avec la
paume de sa main, comme pour confirmer cette décision extorquée au destin.
...
La vie de Nathan allait ainsi sans heurt ni chaos majeur, pour qui l'aurait
observé du dehors alors qu'en lui des torrents de lave, des tremblements de
l'être, des déchirures se créaient où se comblaient, qui ne dépendaient que
de ces courts instants où, une seule fois par jour, il s'efforçait de
rencontrer celle qui était l'unique motif de son réveil chaque matin.
Ces deux teintes, si tranchées en lui, la blancheur éclatante des ces
instants bénis, et le noir quasi absolu du reste de la journée, composait un
motif particulier, une grivelure bien terne, pour tout autre que Nathan.
Lui n'aurait échangé sa vie contre aucune promesse de paradis, même émise par
la bouche d'une authentique divinité.
Ce carnet, niché près de son coeur et qu'il consultait à tout moment, semblant
répondre à un appel compulsif, ces feuilles dont les trois quarts étaient
recouverte d'une écriture fine et nerveuse, élégante malgré une certaine
maladresse perceptible au premier coup d'oeil, cet objet qui ne le quittait
jamais, était son unique confident.
Lui Nathan, n'en désirait pas d'autre.
A qui aurait-il pu dire son bonheur.
Bonheur de s'approcher si prêt chaque jour de Blanche, de la regarder, de
déchiffrer le moindre détail de son visage sans que jamais elle ne prenne
garde à lui.
Car sans nul doute, si elle avait pu sentir à chaque fois qu'il la
contemplait, il buvait la lumière de son visage, elle n'aurait pu l'accepter.
Cela Nathan le savait bien, il y a des limites à l'adoration qu'une femme
peut supporter.
Et même si elle l'avait aimé, ce sentiment absolu qui dévorait Nathan, lui
serait rapidement devenu impossible à percevoir.
Depuis longtemps d'ailleurs, il en était persuadé ...
c'était un don du ciel que cette cécité.
(c) Le bateleur
