[ATELIER]

(Sans titre)

Il pleut,
Rien ne parle plus à mon corps
Ici, que la pluie
Seul à côté de cette abris-bus rendu stupide
Et vain par mon entêtement de gamin.

Seul ? je mens un peu !
Ou plutôt j'omet de dire que
Nous sommes deux à habiter ce corps.
Douce est cette présence en creux
A laquelle je livre ma douleur
Gamin plus que jamais têtu
Enfant captif en ce grand corps adulte.

Chaque fois que mes yeux se ferment
Où qu'ils se posent sur une forme de lumière
Nouant mon âme sur ce creux qui m'habite
Tiède et claire, l'image de Blanche m'envahit.
Il n'y a pas de bruit en elle
Ni même de ces silences
Ecoeurants
Nourris des vides de la ville, quand,
Traversés par de sombres malheurs
Au-lieu de promenade
La rue offre ses peurs.

Au loin,
Rafales domestiquées d'automobiles impatientes
Grappes de badaud agglutinés en des foules temporaires
Un petit monde trace des lignes
Sans que j'en perçoive le sens.

Naviguant sans me déplacer,
Inutile comme la mousse de la bière
Cachant sous le paletot mes pensées sacrilèges
Haranguant sans un mot les autres voyageurs
Errant par la pensée en d'autres univers
Rodant sous les fenêtres où l'on tait les amants.

Chaque fois que mes yeux se referment
Où mon esprit s'enfuit-il ?
Un voyage l'anime qui ne me dira rien
Pas même lors du retour.

Abri-bus
Presque un lieu de repos
Ou le corps fait semblant
Pour donner le change,
Laisser l'esprit croire
Encore au voyage, à ce vin exotique
Xéres promesse d'ivresse.
Il n'y a pas de voyage, seules s'en vont les ombres
Et ceux qui les conduisent.

Si pourtant
Un de ces véhicules s'arrête devant moi
Rasant de près le monde du passant
Du pied je tâterai peut-être cette réalité , et là
Il me faudra monter
Toucher ce lieu menteur
Et lui laisser mon corps.

Chaque mouvement ne peut que m'éloigner de Blanche,
Or de ma vie !
Même si je connaissais la direction à prendre
Pas une voie n'y mène
Une de celles qui sont déjà tracées.
Là où
Sa chair se tient
Inaccessible
Fane la pierre comme le coquelicot.

Godillot portez moi
Rien ne m'arrêtera
Il suffit de tracer le chemin
Vous et moi
Et de lui demander
Là où ses chairs nous parlent
En modérant la voix
Ruisseau joli, gentil ruisseau de pas
Il faut guider mon coeur
Elle m'attend là-bas !

L'eau coule
Au long de mes joues
Tout autour de mon cou
Il pleut de pluies en pluies
Tout au long de ce jour
Uniquement sur nous
Du ciel jusqu'aux trottoirs
En abreuvant l'espoir.

Nous ?
En ce corps pour deux
Refroidi par l'orage
Va-t-on rester nous deux
Ou lasse de m'attendre
Sous ces eaux malicieuses
Impatiente, plus qu'aimante
Tu m'abandonnerais
Emportant jusqu'aux souvenirs ?

Tiens bon ma Blanche !
Habite l'espace au creux de ma hanche.
Au delà des lieux que les mains étreignent
Il y a ces jeux
Là, tu es la reine.
Au delà des lieux que vident les rêves
Nous irons glisser
Dans d'autres lumières
Abrités de vert de brun, d'oranger
Il y a ces jeux
Si tu restes mienne.

Vois mes mains tendues
En face des tiennes
Nues, blêmes
Donne leur tes lèvres.
Rien ne nous
Enchaîne
Donc
Ici.

Fragile trajet où
La lumière ne peut que nous tromper
Allons, Amie, amante
Nous perdre dans nos pas.

 

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